Depuis plusieurs décennies, la sauvegarde des centres historiques fait l’objet de débats et d’approfondissements parmi les spécialistes de la conservation et les urbanistes. Dès le début du xxe  siècle, une croissante prise de conscience relative à la valeur des tissus urbains anciens s’est imposée et a donné lieu à des initiatives importantes, notamment dans des pays comme la France et l’Italie. Des outils et des méthodologies ont été mis au point et ont permis la protection de nombreux villages et villes et surtout de cette « harmonie d’ensemble » qui est générée non seulement par les édifices singuliers, mais aussi par les relations que ces derniers entretiennent avec leur contexte. C’est à la suite de la dernière guerre mondiale que l’œuvre de reconstruction stimule une nouvelle réflexion vis-à-vis d’une tutelle enfin appliquée à l’échelle urbaine. Au cours de nombreuses rencontres entre architectes et urbanistes qui se succèderont depuis les années 1950, l’élargissement de la notion de protection sera discutée, non plus limitée aux monuments, mais enfin étendue à leurs abords et au paysage. Activement plongée dans ce contexte culturel, la France, bien à l’avance par rapport aux autres pays européens, crée en 1962, un instrument législatif voué à une tutelle unitaire et cohérente des ensembles historiques. Basée sur une connaissance approfondie du patrimoine bâti et soucieuse de chaque aspect social, économique et financier lié aux vieux quartiers, la loi Malraux constituera, à partir de ce moment, un modèle unique en la matière. Dans la même période, l’Italie joue également un rôle de protagoniste dans le débat culturel sur la protection des villes anciennes, s’efforçant d’élaborer une méthodologie de connaissance et d’intervention efficace. Cependant, ce processus sera affecté par de nombreux freinages, notamment des retards importants dans la rédaction des règlements d’urbanisme et un certain désordre législatif qui donnera lieu à de graves pertes ou altérations du patrimoine architectural et urbain. Cela en dépit de la contribution des intellectuels et notamment de l’Association nationale des centres historiques et artistiques qui, depuis 1960, se battra en faveur de l’établissement de politiques d’intervention et d’instruments appropriés. Alors que l’Italie élaborait la Charte de Gubbio, un document de référence pourtant dépourvu d’une valeur législative, et réclamait en vain l’établissement d’un texte réglementaire, la France, à travers la loi Malraux, en organisait un qui vient de fêter ses cinquante ans. Cela nous offre l’occasion de réfléchir sur le destin des villes historiques à partir d’une lecture, menée en parallèle, de l’évolution des politiques patrimoniales et urbaines dans les deux pays.

Vers la sauvegarde du patrimoine urbain : un parallèle entre la France et l’Italie

VERSACI, ANTONELLA
2013

Abstract

Depuis plusieurs décennies, la sauvegarde des centres historiques fait l’objet de débats et d’approfondissements parmi les spécialistes de la conservation et les urbanistes. Dès le début du xxe  siècle, une croissante prise de conscience relative à la valeur des tissus urbains anciens s’est imposée et a donné lieu à des initiatives importantes, notamment dans des pays comme la France et l’Italie. Des outils et des méthodologies ont été mis au point et ont permis la protection de nombreux villages et villes et surtout de cette « harmonie d’ensemble » qui est générée non seulement par les édifices singuliers, mais aussi par les relations que ces derniers entretiennent avec leur contexte. C’est à la suite de la dernière guerre mondiale que l’œuvre de reconstruction stimule une nouvelle réflexion vis-à-vis d’une tutelle enfin appliquée à l’échelle urbaine. Au cours de nombreuses rencontres entre architectes et urbanistes qui se succèderont depuis les années 1950, l’élargissement de la notion de protection sera discutée, non plus limitée aux monuments, mais enfin étendue à leurs abords et au paysage. Activement plongée dans ce contexte culturel, la France, bien à l’avance par rapport aux autres pays européens, crée en 1962, un instrument législatif voué à une tutelle unitaire et cohérente des ensembles historiques. Basée sur une connaissance approfondie du patrimoine bâti et soucieuse de chaque aspect social, économique et financier lié aux vieux quartiers, la loi Malraux constituera, à partir de ce moment, un modèle unique en la matière. Dans la même période, l’Italie joue également un rôle de protagoniste dans le débat culturel sur la protection des villes anciennes, s’efforçant d’élaborer une méthodologie de connaissance et d’intervention efficace. Cependant, ce processus sera affecté par de nombreux freinages, notamment des retards importants dans la rédaction des règlements d’urbanisme et un certain désordre législatif qui donnera lieu à de graves pertes ou altérations du patrimoine architectural et urbain. Cela en dépit de la contribution des intellectuels et notamment de l’Association nationale des centres historiques et artistiques qui, depuis 1960, se battra en faveur de l’établissement de politiques d’intervention et d’instruments appropriés. Alors que l’Italie élaborait la Charte de Gubbio, un document de référence pourtant dépourvu d’une valeur législative, et réclamait en vain l’établissement d’un texte réglementaire, la France, à travers la loi Malraux, en organisait un qui vient de fêter ses cinquante ans. Cela nous offre l’occasion de réfléchir sur le destin des villes historiques à partir d’une lecture, menée en parallèle, de l’évolution des politiques patrimoniales et urbaines dans les deux pays.
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